Le harcèlement scolaire… hier et maintenant

Le harcèlement scolaire… hier et maintenant

Le 8 novembre dernier c’était la journée nationale contre le harcèlement scolaire. Les chaînes de télévisions, les radios, les sites internet, les réseaux sociaux… ont tous dénoncé ce fléau qui a malheureusement toujours existé. Il a fallu attendre que de nombreux enfants en viennent à des actes tellement horrible, le suicide ou l’automutilation pour que cette cause soit enfin défendue et mise sur la place publique.

Le harcèlement scolaire se définit comme une violence répétée qui peut être verbale, physique ou psychologique. Cette violence se retrouve aussi au sein de l’école. Elle est le fait d’un ou de plusieurs élèves à l’encontre d’une victime qui ne peut se défendre. Lorsqu’un enfant est insulté, menacé, battu, bousculé ou reçoit des messages injurieux à répétition, on parle donc de harcèlement.
Les 3 caractéristiques du harcèlement en milieu scolaire :
La violence : c’est un rapport de force et de domination entre un ou plusieurs élèves et une ou plusieurs victimes.
La répétitivité : il s’agit d’agressions qui se répètent régulièrement durant une longue période.
L’isolement de la victime : la victime est souvent isolée, plus petite, faible physiquement, et dans l’incapacité de se défendre.
https://www.nonauharcelement.education.gouv.fr/que-faire/le-harcelement-cest-quoi/

Tous ces reportages, ces films et ces témoignages dans les différents médias m’ont ramené des années en arrière, au temps difficile du collège et surtout me font cogiter sur l’avenir de mon fils.

Je vais vous raconter ma vie, c’est très personnelle mais je pense qu’un blog sert aussi à cela.
Le collège comme pour tout le monde, je crois, est un moment difficile à traverser. C’est le moment où l’on est entre deux âges : on est trop petit pour la vie d’adulte mais trop grand pour faire des jeux/bêtises d’enfant. C’est la période aussi où la sexualité se réveille, la complexité des sentiments commencent et les cœurs s’emballent et/ou se brisent. Dure période quoi !
Et quand avec tous ces changements compliqués, vous tombez sur la ou les mauvaises personnes alors c’est là que les soucis débutent.

Mon histoire

Ado, j’étais timide, réservée et introvertie (et je n’ai pas changé 😊), j’étais dans le monde des Bisounours, j’avais quelques copines mais pas de réelle amie. Je n’avais pas conscience de mon look : je m’habillais et me coiffais dans un esprit pratique, je ne connaissais pas le maquillage et c’est clair que je faisais négliger (j’ai honte quand je regarde les photos maintenant).

Je me suis intéressée aux garçons qu’à partir de la 4ème et j’avais le béguin pour un certain Romain, bien sûr, le beau gosse du collège. Nous n’étions pas dans la même classe donc évidemment il a jamais posé les yeux sur moi (enfin de lui-même).

A cette époque, j’avais deux copines, des sœurs jumelles. Elles étaient populaires auprès des garçons, elles avaient des gueules d’anges mais je me suis vite rendu qu’elles avaient un mauvais fond. Elles étaient vicieuses.
Je les suivais de partout, sans rien dire, je les enviais… et vu mon caractère et mon physique, elles avaient trouvé la chose pour les divertir : m’humilier.
Elles s’amusaient à me demander si tel ou tel garçon me plaisait et moi bête comme j’étais, je leur répondais à chaque fois.
Elles connaissaient presque tous les garçons du collège alors elles s’empressaient d’aller les voir devant moi pour leur dire que je voulais “sortir avec lui”. Ben oui, c’était plus sadique de le faire en ma présence pour que je puisse contempler en live la réaction dégoûtée de chaque garçon et elles revenaient toutes fières pour me raconter en détails les méchancetés qu’ils avaient dites sur moi.
Le pire a été le jour où elles sont allés voir le fameux Romain qui a réagi comme les autres. J’étais effondrée.

Il y a beaucoup de période que j’ai oublié dans mon enfance mais leurs visages satisfaits devant moi, ça, ils sont bien gravés dans ma mémoire.
Devant elles, j’essayais de faire la forte mais à chaque je finissais par me cacher pour pleurer. C’était horrible ce qu’elles me faisaient subir mais je restais avec elle car je n’avais qu’elle.
Cela a duré plusieurs mois mais heureusement j’ai rencontré une personne qui m’a permis de m’éloigner d’elles.

J’en parlais à personne, à la maison je faisais comme si rien ne se passait. J’avais honte d’en parlais parce que pour moi j’étais juste la moche qui se faisait recaler par tous les garçons.
Ma mère ne s’en doutait pas, mon père habitait loin et avec ma grande-sœur, c’était la guerre entre nous donc je ne pouvais pas me confier.
Et ce qui est fou, c’est qu’aujourd’hui (à 32 ans) j’ai déjà glissé quelques mots de cette histoire à ma famille mais je n’arrive pas toujours pas à leur raconter, seul mon mari le sait et pour être honnête en écrivant ces lignes, j’ai les larmes qui coulent. C’est fou le mal que ça m’a fait.
Ces actes si jouissifs pour ces deux filles ont démontés ma confiance et je pense que cette peur du regard de l’autre que j’ai toujours, je leur dois.

Mon fils

Ezio est un petit garçon timide, introverti, minutieux, appliqué, attentif, la maîtresse m’a dit qu’elle en voulait 10 comme lui.

Le problème : il se laisse faire. Les autres enfants, plus petit ou plus grand que lui, lorsqu’il le poussent, l’embêtent, le malmènent, Ezio ne dit rien.

Il a eu quelques problèmes avec certaines fortes têtes dans son école précédente. Surtout avec un élève en particulier, mon fils me répétait son prénom presque tous les jours. Une fois j’ai reçu un coup de téléphone de l’école pour me prévenir que Ezio était tombé du toboggan, qu’il avait l’oreille abîmée, que l’ATSEM lui avait mis de la glace dessus. Personne n’avait vu la scène mais en parlant avec mon fils c’était encore le même garçon. J’étais furax.

Je me suis aperçu en parlant avec d’autre maman que Ezio n’était pas sa seule cible et les autres enfants étaient des filles ou des garçons du même tempérament que le mien.

A cet âge, difficile de parler de harcèlement scolaire parce qu’ils sont trop petits pour avoir conscience de leurs actes.

Alors que faire ? Se plaindre à l’enseignant ? Donner des directives à nos enfants ?
Avec mon vécu et ma sensibilité de maman j’ai du mal à me positionner.

Savoir se positionner, c’est difficile

Tous les jours après l’école je demande à Ezio si sa journée s’est bien déroulée, si le repas de la cantine était bon et si il n’y a pas eu de problème. Si il réfléchit trop longtemps à la dernière question, je vais lui reposer. J’ai de la chance pour l’instant mon fils raconte assez facilement ce qu’il se passe (j’espère que ça continuera quand il sera ado) donc on parle de ce qu’il s’est passé, avec qui, comment et parfois je lui dis comment il aurait pu répondre ou se comporter.
Je fais cela pour qu’il se sente écouté, qu’il comprenne que je m’intéresse à lui, que je suis là pour lui, pour l’aider.
➡ Mais en même temps est ce qu’il n’a pas l’impression que je le considère toujours comme une victime, un petit oisillon ? Comme si il fallait  forcément un problème pendant les heures de classe ?

Je lui disait toujours que dès que quelqu’un l’embêter, il devait le répéter à un adulte mais est-ce bien ?
➡ Il pourrait être considéré comme « le rapporteur » et tout le monde sait que personne ne les aime ceux là.
Alors maintenant je lui dis d’attendre que la situation se reproduise plusieurs fois pour le dire à un enseignant.

La maman protectrice, que je suis, aimerait se plaindre à chaque fois à l’enseignante mais je pense que ça va desservir Ezio.
➡ Elle en aura marre (ce que je peux comprendre car si tous les parents le faisaient aussi ce serait ingérable) et fuira en me voyant.
Donc je garde l’option réunion avec la maîtresse pour les urgences.

Les enseignants disent toujours aux réunions de début d’année qu’il ne faut pas dire à nos enfants de rendre la violence par la violence.
➡ J’avoue que moi je lui ai dit de le faire même si ça m’étonnerait qu’il le fasse.
L’expression tendre l’autre joue ne me convient pas.

Pour qu’il puisse trouver une confiance en lui, sentir qu’il pouvait se défendre nous l’avons inscrit au Kung-fu. Il ne s’est pas du tout épanoui dans cette discipline.
➡ Peut-être que des activités de théâtre pourrait peut être lui permettre de s’affirmer dans les paroles et la posture ?

Je pense qu’il faut que je trouve un juste milieu, ne pas être hyper protectrice ni trop je m’en foutiste mais c’est difficile.

La médiatisation

Je pense que tous ces témoignages/reportages ont permis à certaines victimes de se sentir moins seules, moins isolées, d’être comprises et de voir qu’il était possible d’avoir du soutien grâce aux associations et aux N° VERT :
N° VERT « NON AU HARCÈLEMENT» : 3020
Ouvert du lundi au vendredi de 9h à 20h et le samedi de 9h à 18h (sauf les jours fériés)
Si le harcèlement a lieu sur internet :
N° VERT « NET ÉCOUTE » : 0800 200 000
Gratuit, anonyme, confidentiel et ouvert du lundi au vendredi de 9h à 19h

La mise en lumière de ce fléau par les médias pourra rendre le corps enseignant, les parents et les proches plus attentifs à ce que vivent les enfants à l’école.
Cela permet aussi d’ouvrir le dialogue, de délier les langues entre parents et professionnels, parents et enfants…

Avec mon père on parlait du film de TF1 “le jour où j’ai brulé mon cœur” inspiré de l’histoire de Jonathan Destin, il m’a dit qu’il ne comprenait pas pourquoi les parents ne s’en étaient pas rendu compte, ça m’a fait sourire car il ne sait pas ce qu’il s’est passait pour moi. J’ai essayé d’entamé la conversation sur mon histoire, je lui ai dit toi tu t’en n’es pas rendu compte pour moi mais ma pudeur a pris le dessus, je n’ai pas pu continuer et lui, n’a pas relevé. Si il passe par là, il saura.

La médiatisation a servi à dénoncer aussi le cyber harcèlement. L’harcèlement est encore plus intensifié avec les réseaux sociaux. L’acharnement peut être plus rapide et atteindre plus de personnes.
Quand j’étais jeune, internet commençait à peine à être dans chaque maison et les réseaux sociaux n’existaient pas. A la maison j’étais loin des autres et donc protéger. Mais avec les réseaux sociaux et les portables, il n’y a pas de répit pour les adolescents. Il faudrait fliquer chaque page que nos enfants consultent pour les protéger mais c’est impossible.

Mais comme toujours il peut aussi avoir un effet négatif de la médiatisation. Le terme harcèlement scolaire pourrait :

  • affoler des parents
  • devenir une chose banale à force de trop l’entendre
  • être utilisé à mauvais escient et le détourner en excuse pour tout

Le harcèlement est l’affaire de tous car malheureusement vous connaissez une personne qui est/était victime ou bourreau.
Il peut tellement avoir un impact sur notre vie et pousser à des actes irréversibles, qu’il faut prendre le problème à bras le corps.
Il faut pouvoir se remettre en question, analyser nos comportements en tant que parents pour pouvoir affronter cela et aider nos enfants.

Si vous avez des réponses par rapport à mes questionnements je serais ravie de vous lire.
N’hésitez pas à réagir ou/et à vous confier si vous en avez besoin car l’échange est tellement bénéfique face aux situations de harcèlements scolaires.

4 commentaires

  1. Bonsoir
    Je viens de lire cet article.
    Malheureusement c est un sujet qu on rencontre les jours et ça fait vraiment mal non seulement à l enfant concerné mais aussi à la famille qui parfois ne s perçoit pas toute de suite de toutes ces souffrances.
    Beaucoup d ‘émotions..
    Bisous

    • Bonsoir, merci de l’avoir lu. Sur instagram, j’ai pu parlé avec des mamans qui ne s’en était pas rendu compte et elles en souffrent.
      Bisous

  2. Fanny

    J’ai mis du temps la venir le lire ton billet car c’est un sujet qui m’angoisse un peu … je n’ai pas connu le harcèlement dans ma scolarité mais j’ai très peur pour les enfants, d’autant que comme tu dis avec les réseaux sociaux c’est de pire en pire … et comme dejaà la base ils ne se confient pas (cas de 2 maîtresses méchantes il y a 2 ans et J. n’a rien dit ; cette année M. en a une sévère aussi apparemment et ne raconte rien) et n’ont pas confiance en eux!!!
    Je comprends qu’ecrire tout cela t’ait remuée !
    Je t’embrasse !

    • Oh merci Fanny d’avoir surmonter ton angoisse pour me lire.
      J’ai au moins cette chance que Ezio me parle facilement, il a juste du mal à trouver ces mots.
      E. est comme eux ?
      Il faudrai que tu trouves un moyen pour qu’ils puissent se confier, peut être par l’écriture, des papiers dans un pot dédié à ça ?
      Je t’embrasse
      A bientôt

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